Ensemble Sphota
© Sylvain Duffard
Chez les Indiens, le « sphota » est l?étincelle qui donne forme et vie. Renouveler la mise en forme du concert de création collective, donner vie à une musique qui leur soit propre, c?est précisément ce que cherchent Benjamin Dupé, Benjamin de la Fuente et Samuel Sighicelli. Ce n?est donc pas un hasard s?ils ont choisi ce concept pour nommer leur association, créée à une date qui n?est pas moins symbolique, janvier 2000.
En ce XXIe siècle, ces trois musiciens arborent en effet une attitude résolument contemporaine : mener leur recherche musicale et collective en toute liberté, en utilisant les nouvelles technologies environnantes mais aussi en collaborant avec d?autres disciplines artistiques (théâtre, danse, arts plastiques, cinéma), dans une optique de spectacle vivant, jamais le même, toujours différent. Pour cela, ils savent qu?ils leur faudra sans cesse inventer et réinventer, coudre et découdre leur musique. Telle est la quête perpétuelle de ces instrumentistes virtuoses.
Car ces défricheurs sont tous issus du Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris, mais ne tiennent pas particulièrement à le rappeler. Alors, pourquoi l?écrire ici ? Tout simplement pour honorer leur maîtrise technique : c?est aussi elle qui, conjuguée à leur imagination débridée, leur a permis d?emprunter d?exaltants chemins buissoniers. Des chemins de traverse, bien éloignés des grands boulevards qui s?offrent traditionnellement aux diplômés du CNSMP. Une orientation inattendue qui correspond à un véritable choix, en aucune sorte à un renoncement. Le choix assumé de préférer imprimer leurs propres traces plutôt que de marcher dans celles de leurs glorieux aînés. Car, là où les Sphota vont, peu s?y sont aventurés.
C?est à la frontière, loin des catégories, qu?ils ont élu domicile. La frontière, lieu d?échanges, de rencontres et de découvertes. La frontière, lieu de métissages où naissent les plus beaux enfants. Sur scène, les musiciens de Sphota ne se contentent plus de jouer la musique mais l?inventent à vue. Chez eux, la musique n?est plus seulement un objet donné à entendre ; elle est aussi parole et gestes. Les musiciens ne sont plus réduits au rôle d?interprètes, mais, jouant de la convention théâtrale, deviennent des personnages qui parlent en musique, qui vivent en musique. Ainsi s?ouvrent les portes de contrées musicales inédites, dans le trouble vertigineux d?un spectacle à la frontière de la musique et du théâtre. Alors bien sûr, on qualifie leur musique de contemporaine, mais attention aux amalgames précipités, aux stéréotypes empressés. Leur musique est riche, inventive, enjouée et fait se lever les publics. Pas classique en somme, donc contemporaine.
Site: www.sphota.org
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