Georges AperghisCompositeur et homme de théâtre (Grèce-France, 1945)
D.R.
Georges Aperghis, compositeur grec, né à Athènes le 27 décembre 1945. Son père, Achille Aperghis, sculpteur, et sa mère, Irène, peintre lui procurent un fort environnement artistique et militant dans la Grèce d'après-guerre et une grande liberté qui sont sans aucun doute à l'origine de son parcours original et indépendant. Son éducation est principalement autodidacte : il partage une double passion pour la peinture (il exposera ses oeuvres dès l'âge de douze ans) et la musique qu'il découvre grâce à la radio et le piano qui lui est enseigné par une amie de la famille. A Athènes, il n'a que peu d'information sur l'avant-garde européenne, mais se nourrit de la lecture de partitions du répertoire, entend quelques pages de Schoenberg, Bartok et Stravinsky et reçoit comme un choc les premières expériences concrètes de Pierre Schaeffer et Pierre Henry. En 1963, il s'installe à Paris pour y poursuivre ses études musicales et décide définitivement d'abandonner la peinture. Il y rencontre le milieu de la création par l'intermédiaire du Domaine Musical et des concerts à la Maison de la Radio ses premières oeuvres sont ainsi marquées d'une part par le sérialisme et d'autre part par les recherches de Xenakis (
Antistixis , pour trois quatuors à cordes,
Anakroussis pour sept instruments, 1967,
Bis pour deux orchestres, 1968). Qualifiant lui-même ces toutes premières pièces d'études, il ressent la nécessité d'approfondir un langage plus libre et plus personnel, davantage en rapport avec ses convictions qui le font rencontrer les univers de John Cage et de Mauricio Kagel, et celui du théâtre qu'il découvre des coulisses suite à son mariage avec la comédienne Edith Scob.
En 1971, Georges Aperghis compose
La tragique histoire du nécromancien Hiéronimo et de son miroir (pour deux voix de femmes : chantée et parlée, un luth, un violoncelle) : c'est sa première pièce de théâtre musical, à l'origine d'une grande partie de ses investigations désormais largement tournées vers les rapports de la musique au texte, de la musique à la scène. Il participe ainsi à la grande aventure du théâtre musical qui débute en France au Festival d'Avignon : il y crée successivement à cette époque
La tragique histoire... (1971),
Vesper (1972),
Pandæmonium (1973),
Histoire de loups (opéra, 1976)... A partir de 1976, Georges Aperghis va partager son travail en trois grands domaines : en premier lieu, le théâtre musical avec la création de l'Atelier Théâtre et Musique (ATEM) installé à Bagnolet, en banlieue parisienne jusqu'en 1991 puis au Théâtre des Amandiers de Nanterre, structure avec laquelle il renouvelle complètement sa pratique de compositeur. Faisant appel à des musiciens aussi bien qu'à des comédiens, les spectacles de Georges Aperghis avec l'ATEM sont inspirés de quotidien, de faits sociaux transportés vers un monde poétique, souvent absurde et satyrique, créé au fur et à mesure des répétitions. Tous les ingrédients (vocaux, instrumentaux, gestuels, scéniques...) sont traités également et contribuent - en dehors d'un texte préexistant - à la dramaturgie des spectacles. De 1976 (
La bouteille à la mer ) à 1997, date à laquelle il quitte l'ATEM, on compte au total plus d'une vingtaine de spectacles, dont
Conversations (1985),
Enumérations (1988),
Jojo (1990),
H (1992),
Sextuor (1993),
Commentaires (1996). Après 1997, Georges Aperghis poursuit son travail sur le théâtre musical de manière plus versatile, avec notamment
Zwielicht (1999),
Machinations (2000) et
Paysage sous surveillance (2002, sur le texte d'Heiner Müller).
Une grande série de pièces pour instruments ou voix solistes (dont les incontournables
Récitations, 1978), introduisant suivant les cas des aspects théâtraux, parfois purement gestuels, peut faire le lien avec le deuxième volet de son travail : la musique de chambre et pour orchestre, vocale ou instrumentale, riche de nombreuses oeuvres pour des effectifs très variés. Il n'y abandonne pas son goût pour l'expérience et une certaine provocation (
Die Wände haben Ohren, pour grand orchestre,1972), mais à la différence du théâtre musical, rien n'est à vocation proprement scénique et tout est déterminé par l'écriture. Elle est rythmiquement complexe, toujours chargée d'une vigoureuse énergie qu'il obtient en traitant les limites (tessitures, nuances, virtuosité), les alliages (voix + instrument / cordes + percussion / son + bruit, etc.). Ce domaine de la composition, partiellement abandonné dans les années quatre-vingt au profit du théâtre musical, est redevenu dans les années quatre-vingt-dix un terrain particulièrement fertile pour Georges Aperghis. L'oratorio
Hamlet Maschine (2001, d'après Heiner Müller) en est l'illustration la plus magistrale.
L'opéra, troisième domaine, peut être considéré comme une synthèse : ici le texte est l'élément fédérateur et déterminant. La voix, le principal vecteur de l'expression. Georges Aperghis a composé sept ouvrages lyriques à partir de Jules Verne
(Pandæmonium, 1973), de Diderot
(Jacques le fataliste, 1974), de Freud (
Histoire de loups, 1976), d'Edgar Poe (
Je vous dis que je suis mort, 1978), d'une lettre de Bettina Brentano à Goethe
(Liebestod, 1981), de
l'Echarpe rouge d'Alain Badiou (1984) et des
Tristes tropiques de Levi-Strauss (1996).
Compositeur prolixe, Georges Aperghis construit, avec une invention jamais tarie, une oeuvre personnelle qui défie les classifications : sérieuse et empreinte d'humour, attachée à la tradition autant que libre des contraintes institutionnelles, il sait ouvrir des horizons inespérés de vitalité et d'aisance à ses interprètes et réconcilie habilement le sonore et le visuel.
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