Clara Iannotta

Concerto pour piano et ensemble  (2016) — première suisse
Photo Elsa Seignol © Royaumont
En concert
L'Art de l'air 3 - di 20.3 17h

Nous devions regarder la musique et écouter le théâtre.

Luciano Berio

Il y a huit ans, après une maladie qui a empêché ma mère de parler pendant des mois, elle a retrouvé sa voix. Rien n'avait changé, elle parlait naturellement, comme n'importe qui, mais le son qui en sortait était presque incompréhensible. Ce que j'ai remarqué, c'est que même si la façon de formuler les mots de ma mère n'avait pas changé, l'attention que je lui portais était différente. Je ne me limitais pas à écouter les sons — mon oreille, toute seule, était perdue — mais je regardais chaque mouvement, des lèvres, des yeux, du visage, des mains.

Je pense la musique comme une expérience corporelle — l'auditeur doit aller vers la musique. A mon avis, la théâtralité dont Luciano Berio parle se trouve dans le son lui-même.

A travers l'utilisation de combinaisons entre sons complexes et objets extra-musicaux, j'essaye de développer, depuis quel- ques années, cette idée de 'chorégraphie du son'.

Dans le Concerto pour piano, que je prévois d'écrire pour Wilhem Latchoumia et l'Ensemble Orchestral Contemporain, je voudrais poursuivre cette démarche et aussi pouvoir travailler sur de nouveaux thèmes.

Dans ma production, il n'y a aucune pièce pour piano solo.

J'ai toujours eu peur de me confronter avec cet instrument pur, sans le préparer, et en même temps l'idée d'un seul type de

préparation — jusqu'à présent je n'ai utilisé que des objets à l'intérieur du piano, difficiles à enlever — m'a toujours dérangée.

J'envisage de travailler avec le pianiste, Wilhem Latchoumia, pour trouver un type de préparation 'mobile', pour que je puisse aussi me servir du son naturel du piano, et plutôt préparer autour l'ensemble de 14 musiciens.

Je propose une pièce d'une durée longue — environ 20 minutes.

Souvent, j'ai sacrifié la forme pour ne travailler que sur les détails du son — quasiment toutes mes compositions sont divi- sées en deux parties et elles ne font pas plus de 10-11 minutes.

En Octobre dernier, j'étais pendant quatre jours dans un train de San Francisco à New York, et j'ai commencé à lire Infinite Jest de David Foster Wallace. Au cours de la dernière année, j'ai été à la recherche d'un moyen — ma façon personnelle — de faire face à la problématique de la forme et du temps, et ce livre m'a aidée et inspirée, en me donnant une perspective nouvelle, différente, de la pensée.

Cette recherche m'a amenée à écrire mon quatuor à cordes A Failed Entertainment — écrit pour le Quatuor Diotima et créé en Novembre 2013 à Berlin — la première étape d'un très long parcours que je voudrais approfondir avec cette nouvelle, longue pièce pour piano et ensemble.

Clara Iannotta